Tiré de : Vivre à plein malgré ses limites

Désormeau, L et Fortin, B

Tu souffres: cela peut être de la perte d’un être cher, de la rupture d’une relation amoureuse, d’un échec dans un projet ou au niveau du travail. C’est le désespoir, la conviction qu’il n’y a pas d’autres choix possibles pour solutionner un problème qui t’amène à vouloir te supprimer.

Lorsque tu penses au suicide, c’est que tu vois la mort comme une solution visant à résoudre un problème. Le suicide n’est pas une “fin en soi”, mais un “moyen”, un comportement qui vise la solution d’un problème. Il vise souvent l’arrêt de la souffrance quelle qu’en soit la nature. Les gens ne se suicident pas tous pour les mêmes raisons, parce qu’ils ne souffrent pas pour les mêmes raisons et qu’ils ne vivent pas pour les mêmes raisons.

Il n’y a pas une seule idée qui aide tout le monde à vivre, mais nous croyons que pour chaque individu, il y a une idée quelque part qui peut l’aider. Cherche la tienne. Cherche-la maintenant: on ne sait jamais quand on en aura besoin.

Laisse-nous te parler de notre foi. Nous croyons que la vie vaut la peine d’être vécue, sans condition, malgré les peines, les souffrances, malgré toutes les difficultés. Nous croyons qu’il n’y a pas une, mais des raisons de vivre, et que nous avons chacun à trouver celles qui nous conviennent. Chacun de nous est un projet en voie de réalisation. Il te revient, au cours de ta vie, de choisir de quel projet tu es porteur et de diriger tes énergies en fonction de tes valeurs et de tes croyances.

Nous croyons qu’il y a des questions qui n’ont pas de réponses et qu’il vaut mieux accepter que ce soit ainsi plutôt que de se torturer sans fin. Nous n’avons pas de réponse facile aux problèmes que posent l’existence de la mort, de la maladie, de la souffrance, du mal, et de l’injustice. Personne ne peut te garantir que la vie est telle que tu souhaiterais qu’elle soit. Elle est comme elle est. Elle nous oblige à marcher parfois dans le noir, avec l’espoir qu’il y aura de la lumière un peu plus loin. En autant que l’on continue à marcher, à chercher, à espérer, on finit par atteindre une certaine lumière. Nous croyons même que parfois on contribue à créer une partie de cette précieuse lumière. Choisis d’explorer la vie avec curiosité. Cultive l’espoir de pouvoir y satisfaire tes besoins et d’y construire des relations qui te permettront d’aimer et d’être aimé.

Toute personne suicidaire est ambivalente: une partie de toi veut vivre, alors qu’une autre partie veut mourir. Si ce n’était pas le cas, tu ne serais pas en train de lire ce site. C’est à la partie qui veut vivre que nous nous adressons.

Tu es encore vivant. Mobilise l’énergie de la crise que tu vis pour solutionner tes problèmes, plutôt que d’utiliser cette énergie contre toi-même. Donne-toi une chance. Soit par isolement, par gêne ou par manque d’information sur les ressources existantes, tu n’as peut-être pas réussi à faire appel aux ressources ou aux personnes qui pourraient t’aider. Tu mérites bien un effort: demande de l’aide. Ce n’est pas magique, mais cela augmente les chances que tu trouves une façon d’améliorer ton existence.

Parle de ton problème à quelqu’un de confiance qui peut t’écouter et te conseiller.

Continue d’explorer d’une façon active les solutions possibles à ton problème: tu ne peux pas tout savoir. Il y a probablement certaines choses que tu peux apprendre pour mieux vivre.

Donne-toi du temps pour régler ton problème. Avec le recul, tu verras peut-être des portes de sortie que tu ne voyais pas auparavant.

Maintiens le contact avec les personnes que tu trouves importantes. Ce sont les liens qui nous unissent aux personnes autour de nous qui nous aident souvent à traverser nos crises personnelles.

Laisse-nous maintenant te donner quelques informations supplémentaires qui t’aideront à traverser la crise actuelle.

  • Lorsque l’on est bouleversé, on est (temporairement) moins intelligent. Tu ne voudrais pas que quelqu’un de peu intelligent décide de ton avenir? Mieux vaut se donner le temps de retrouver ses ressources.
  • Lorsque l’on est bouleversé, on a l’impression que la souffrance est insupportable, qu’elle va demeurer à ce niveau jusqu’à la fin des temps, et qu’il n’y a rien à faire. Ce n’est pas vrai. La souffrance va diminuer avec le temps, et tu peux travailler à améliorer ta situation.
  • Lorsqu’on est bouleversé, on a l’impression qu’on n’a pas de valeur, pas d’intérêt, on oublie ses qualités et ses forces et on oublie l’aide que l’on peut obtenir. Nous te le rappelons: tu ne t’en souviens peut-être pas pour l’instant, mais tu as probablement déjà réglé bien des problèmes, et tu pourras en régler d’autres.
  • Lorsqu’on est bouleversé, on a parfois tendance à retourner sa colère contre les gens de notre entourage, comme si le fait de les faire souffrir un peu pouvait atténuer notre propre douleur. Cela soulage sur le coup, mais éloigne les gens. On se sent encore plus seul. Mieux vaut reprendre contact progressivement avec les autres sur une base plus positive.
  • Lorsqu’on est bouleversé, on a l’impression que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue parce qu’un de nos besoins prioritaires n’est pas satisfait. Toutefois, avec le temps, ces priorités changent! Ce serait dommage de ne plus être là dans quelques mois pour constater que tu as encore la capacité d’aimer et d’être aimé, encore la capacité d’être fier de toi, encore la capacité de t’attacher, de faire des efforts, de faire des projets. Quelle belle surprise à découvrir!
  • Lorsqu’on est bouleversé, on porte des jugements catégoriques : si la vie n’est pas telle que nous la voulons idéalement, elle ne vaut pas la peine d’être vécue. Avec le temps, on parvient à penser d’une façon plus nuancée.
  • Lorsqu’on est bouleversé, on a l’impression que personne ne comprend, que personne ne peut rien pour nous et qu’il vaut mieux s’isoler. C’est faux. Mieux vaut choisir quelques personnes de confiance qui pourront t’écouter et te conseiller. Lorsqu’on est pris dans un problème, on ne voit parfois plus très clair. Le point de vue d’un autre peut être utile. Si la première personne que tu consultes ne t’aide pas, cherches-en une autre!

Entoure-toi de personnes qui aiment vivre! Cela favorise l’épanouissement d’un goût de vivre aussi pleinement qu’il est possible de le faire, d’un engagement à profiter de chaque possibilité d’augmenter la qualité de notre vie, et de s’approcher de nos buts dans le respect de nos valeurs et de ce que nous sommes.

À chaque fois que quelqu’un témoigne de sa détermination à profiter de la vie, malgré les difficultés et les limites, en utilisant pleinement ses ressources et celles de son entourage, il éveille chez les gens avec qui il entre en contact le goût irrépressible de faire de même, de vivre à plein, dans la direction qu’ils ont choisie pour eux-mêmes. Il transforme alors le monde en un endroit un peu plus agréable à vivre. C’est ce que tu peux faire toi-même en commençant à vivre à plein.

Tiré du site de Bruno Fortin, psychologue
www.brunofortin.com

Lectures suggérées:
Burns, D. (1994). Être bien dans sa peau. Montréal: Éditions Héritage.
Désormeau, L et Fortin, B. (1993). Vivre à plein malgré ses limites. Montréal: Fides.
Fortin, Bruno (1993). Prendre soin de sa santé mentale. Montréal: Éditons du Méridien.
Fortin, B. (1986). Échec au processus suicidaire. Nursing Québec, 6(2), l6-l8.

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