Le plaisir sexuel ressenti par une victime lors d’une agression sexuelle est un phénomène très tabou. Ce paradoxe du plaisir dans l’agression peut amener bien des incompréhensions chez plusieurs à savoir : « Comment est-ce possible de ressentir un quelconque plaisir lors d’un événement qui est supposé être traumatisant? » En fait, ça arrive plus fréquemment qu’on pourrait le croire et je suis convaincue que certain.es survivant.es d’agressions à caractère sexuel se reconnaîtront très certainement en lisant ce texte.

 

Le plaisir honteux pourrait se définir par le fait qu’une victime non consentante ait vécu une agression sexuelle telle que des attouchements sexuels, des relations sexuelles orales ou génitales avec pénétration ou sans pénétration, ressent involontairement un plaisir corporel lors de la stimulation des parties sexualisées comme les grandes lèvres, les petites lèvres, les seins, le pénis, le clitoris et/ou l’anus lors de l’agression sexuelle. Ces personnes en viennent généralement à développer un grand sentiment de honte et de culpabilité par la suite. Elles ne comprennent pas comment elles ont pu ressentir un tel plaisir lors d’une situation aussi traumatisante en soi. Pourtant, c’est la réalité de plus d’une victime d’agression à caractère sexuel. Il faut comprendre que le corps répond de façon incontrôlable et indépendante à nos pensées à certaines formes de stimulations. Bien que la victime ne désire pas ces touchés et caresses, il demeure possible que le corps réagisse instinctivement à ceux-ci par du plaisir sexuel menant parfois même à un orgasme. Il faut comprendre que si le corps réagit à ces touchers sexuels, cela ne signifie pas que ces touchers sont désirés ni que la victime y consent. Ces réactions de plaisir sexuel involontaires amènent les victimes à se sentir trahies par leur propre corps. Tout de même, les victimes qui ont ressenti ce plaisir honteux en viennent souvent à croire qu’étant donné qu’elles ont eu du plaisir, elles ont participé et consenti en quelque sorte par la réaction de leur corps à la « relation sexuelle » ainsi, elles croient que ce ne peut être considéré comme une agression sexuelle. Évidemment, le fait de se culpabiliser ainsi pour une réaction incontrôlable de son corps amène davantage les victimes à ne pas briser le silence et confier l’agression à une personne de confiance, car elles se sentent responsables de ce qui leur est arrivé. Elles peuvent même se demander si ce qu’elles ont vécu était réellement une agression sexuelle.

 

Le fait d’avoir ressenti du plaisir en tant que victime lors de l’agression à caractère sexuel, amène beaucoup de conséquences et même parfois, davantage que chez les victimes qui n’en ont pas vécu. Elles se perçoivent d’abord comme étant la principale cause de leur malheur, mais aussi développent une perception erronée de la sexualité et diverses difficultés aux niveaux émotionnel et affectif. Les victimes peuvent avoir une très faible estime d’elle-même, vivre de la culpabilité et de la honte, ressentir de la méfiance envers les autres à cause entre autres du sentiment de trahison vécu envers l’agresseur, vivre de l’angoisse, de la tristesse, des troubles alimentaires, des phobies, divers problèmes de santé mentale, des problèmes de consommation de drogues et alcool, des troubles du sommeil, de l’isolement, de l’exclusion sociale, des troubles sexuels, une phobie de la sexualité, une diminution ou une absence du désir sexuel, de l’excitation et de l’orgasme ainsi que de l’évitement face à la sexualité ou encore de la compulsion, etc.

 

En écrivant ce texte, j’ai pour espoir que les victimes d’agression à caractère sexuel qui le liront pourront comprendre que si elles ont ressenti ce plaisir honteux, ce n’était en aucun cas leur faute, mais plutôt un réflexe involontaire de leur corps. J’espère qu’elles pourront cesser de se culpabiliser pour un phénomène qui s’avère hors de leur contrôle. De plus, n’oubliez pas que le CALACS Châteauguay est un lieu sans jugement et sécuritaire où il est possible d’aborder et de discuter de sujets tabous tels que le plaisir honteux ainsi que des autres conséquences possibles qui peuvent être vécues par la victime suite à une agression à caractère sexuel. C’est important de briser le silence et de venir chercher de l’aide. Vous n’êtes pas seules et nous sommes là pour vous aider, peu importe le nombre d’années qui se sont écoulées depuis les agressions sexuelles et maintenant. On est là pour vous soutenir!

 

Andrée

Stagiaire en sexologie au CALACS

 

(Réf; Desaulniers, Michelle. (1998). Plaisir honteux. Les éditions du remue-ménage. Québec. 102 p.)

 

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