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Avez-vous déjà vécu un évènement grave, important, que vous avez complètement oublié ? Et bien moi oui… Comment ça peut arriver, je ne le sais pas.

La douleur est là, pour être présente, elle l’est. Mais tu n’arrives pas à te rappeler pourquoi. Puis un moment donné, tu as un événement déclencheur et tout te revient. Image après image, digne d’un film. Puis la douleur, bien elle devient plus forte.

Maintenant, ce n’est pas juste de la douleur qui te revient, mais la vidéo de cet événement qui joue en continu. Dans mes rêves, dans mes pensées, dans tes hallucinations… Ça ne te lâche pas. Puis comme si tu n’en avais pas assez, la vie veut tellement te le rappeler pour les 12 dernières années, qu’elle fait en sorte d’en parler dans les journaux, dans la boîte à images, sur les réseaux sociaux.

Puis là, bien tu essaies d’être forte. Tu ne veux pas trop montrer que ça t’affecte quand les gens parlent. Parce qu’ils ne le savent pas. Mais ils en parlent, comme tout le monde.

Mais quand tu te retrouves seule avec tout ça, c’est dur. Ça reste pris là, dans ta conscience. Puis quand tu es diagnostiquée TPL (trouble de personnalité limite), STP (stress post-traumatique), trouble anxieux, bien ça fait lourd à gérer. L’anxiété est là, pas mal trop là. Puis ton mal de vivre t’envahit. Les symptômes du stress post-traumatique qui embarquent aussi, le vide à l’intérieur. Tu as également les symptômes de dépression qui ne te lâchent pas, parce qu’ils sont un critère à ces trois problèmes.

Mais en même temps, le fait que ces histoires sont partout me réconforte. Je ne suis pas seule à le vivre et peut-être que toi aussi, tu vis avec ça. Puis que tu me prends. Ça fait que je me dis, il ne faut pas lâcher-prise. Il ne faut pas laisser ça prendre le contrôle de nous. On est forte, on est de belles / bonnes personnes et prenons cette douleur pour en faire une force.

Alors à toi qui me lis, et qui comprends, je te lève mon chapeau et je prends une p’tite « frette » à ta santé. Parce que la douleur est encore là et plus forte que jamais.

5h am : Mon cadran sonne comme à tous les matins, même heure. Ce matin, mes yeux ne veulent pas s’ouvrir, comme à tous les matins. C’est particulièrement difficile aujourd’hui. Je suis tellement épuisée que juste bouger mes paupières c’est difficile. Est-ce que je rêve ? Est-ce que je me réveille dans la réalité ou dans la matrice ?

Cette nuit, je ne sais plus à quoi j’ai rêvé, mais je n’étais pas bien. Comme 90% du temps. Est-ce que c’est possible de rêver des émotions ? Sans image là, juste que tu rêves des émotions, non-stop. Je me réveille épuisée parce que dans mon rêve, j’avais peur, je paniquais, je ne me sentais pas en sécurité. Dormir est censé nous reposer, non ? Pourquoi, je me réveille toujours plus fatiguée que la veille ?

Tu étais là dans mon rêve, mais je ne te voyais pas. Je le ressentais. Quand je me lève le matin, et encore là, sauf que je te toise. Je ferme mes yeux, c’est ta face. J’embarque dans mon char pour aller au travail, je te vois sur le bord de la rue. J’arrive au bureau, je te vois sortir du garage puis tu me regardes. Je suis spectatrice du film de ma vie, sauf que c’est toujours la même séquence qui joue. Comme un CD qui saute puis qui reste pris sur le même bout de la toune.

Pendant que je jase avec les gens de tout et de rien, ton image « pop » dans ma tête puis là, je ne le sais pu si tu es vraiment là ou si j’hallucine. Je commence à avoir chaud, je commence à transpirer et à « shaker » de partout.  Les spasmes commencent, ensuite les tics nerveux se manifestent encore plus fort. Puis là, je me mets à pleurer puis à paniquer parce que tu me fais mal puis tu ne me lâches pas malgré que je te supplie d’arrêter. Ça fait 12 ans que je te demande d’arrêter. Pourquoi tu continues ?

Es-tu vraiment là ? Tu es où dans le fond ? Parce que ça l’air que tu es introuvable sauf que moi je te vois partout. Pourquoi je suis la seule à te voir ? Est-ce que toi tu me vois ? Est-ce que la nuit tu te réveilles avec la même séquence qui joue « on repeat ». Parce que je te supplie d’arrêter et tu continues, ça fait que tu dois me voir.

Peut-être que les médecins ont raison … j’ai abusé des pilules puis ça fait que je te vois. Mais j’en prends pu, puis tu es encore et encore là. Pourquoi même les spécialistes ne peuvent rien faire pour moi. Ça fait 12 ans que tu es comme ça, pourquoi tu veux arrêter ça là ? Pourquoi tu ne vois pas que ça fait 12 ans que je demande que ça arrête. Je fais quoi maintenant ? J’ai utilisé toutes les ressources possibles et personne ne peut rien faire, je dois attendre. Encore. C’est peut-être ça mon destin, de vivre comme ça…, mais va falloir que ça arrête. J’ai n’ai plus la force.

Ce soir-là, jamais je n’aurais pu me douter que c’était le soir que j’allais me faire voler une partie de moi à tout jamais, me faire voler ce que j’avais de plus précieux. Ce soir-là était la dernière fois où je profitais de ma joie de vivre, de mon innocence. C’est aussi ce soir-là que ma confiance envers l’humanité s’est envolée avec ma dignité.

Tu as profité de ma naïveté afin de commettre l’irréparable. À ce moment précis, la peur s’est installée à tout jamais dans mon petit cœur d’adolescente et j’ai compris que je ne pourrai plus jamais me débarrasser de cette douleur si profonde. J’ai perdu le contrôle de ma vie et de mon propre corps au point d’être paralysée par ce sentiment.

Ce soir-là, tu as détruit mon jardin secret et tu as laissé ce souvenir ancré dans ma tête, fermé avec un cadenas. Tu es parti avec la clé et tu l’as laissé emprisonner pour que je ne puisse plus jamais me débarrasser de cette douleur. Mais le cerveau est fait bizarrement. Je n’ai jamais réussi à ouvrir cette porte ça fait que mon cerveau l’a oublié en me laissant seulement les séquelles qui allaient s’aggraver avec le temps.

En vieillissant, je voyais bien que quelque chose clochait. Les cauchemars, la douleur au fond de moi toujours présente, l’envie de disparaître, le manque de confiance, l’agressivité et j’en passe. Des années à consulter des psychiatres, médecins, psychothérapeutes, sans trop savoir pourquoi je suis « fuckée » de même dans la vie.

Onze ans plus tard, le cadenas s’est brisé en laissant sorti tout ce qui était enfoui au fond de moi. Puis c’est aujourd’hui que j’ai compris la raison de mes nombreux diagnostics. J’ai enfin compris que je n’étais pas folle, mais quand le cadenas s’est brisé, je n’imaginais pas que j’allais revivre ce soir-là à nouveau. Tu m’as laissé avec ce qu’on appelle un état de stress post-traumatique puis tu m’as laissé tous les symptômes allant avec.

Aujourd’hui, j’ai mal. Parce qu’aujourd’hui j’ai beau avoir trouvé la raison à mes problèmes, mais ça signifie que je dois revivre à nouveau le soir où tu as volé ma vie. Puis ta face, tu t’es assuré que je ne l’oublie jamais. Puis de la revoir aujourd’hui autant dans mes rêves que quand je suis réveillé, j’ai l’impression de me faire briser à nouveau.

Par contre, aujourd’hui, c’est aussi la journée que j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains pis d’aller retrouver ce que tu m’as pris. J’ai beau le revivre tous les jours, c’est aujourd’hui que j’ai trouvé la force que je n’avais pas voilà 11 ans afin de me défendre. Aujourd’hui, mes cicatrices vont tranquillement se refermer parce que j’ai décidé de parler. C’est aujourd’hui que je reprends le contrôle de ma vie et que je dénonce le crime que tu as fait.

Alors à toi qui a brisé ma vie, tu as volé 11 ans de ma vie et aujourd’hui je viens reprendre ce qui m’appartient. Tu as peut-être gagné ce soir-là, mais là tu as perdu et tu n’auras plus jamais le contrôle de ma vie.

Et à toutes les personnes qui, comme moi, n’ont jamais trouvé le courage de dénoncer, vous n’avez plus à vivre ce sentiment qui vous gruge à l’intérieur parce que n’êtes pas seul. Et chacun d’entre vous mérite le bonheur de vivre. Personne ne devrait prendre le contrôle de votre vie.

Anomyme