« Chaque personne est unique et son processus l’est aussi. »

Dans cette section, le terme « survivante » sera utilisé plutôt que « victime » dans le but de reconnaître la force et l’incroyable courage requis pour traverser une telle expérience.

OUI ! Une victime d’agression sexuelle peut guérir; il est possible de s’en sortir, de vivre une vie satisfaisante et de se sentir bien à nouveau, bien que cela puisse prendre beaucoup de temps.

Les personnes qui vivent une agression à caractère sexuel traversent une des épreuves les plus difficiles…, mais pas insurmontables.

La survivante expérimentera peut-être toutes ces étapes ou seulement quelques-unes :
 Décider de guérir : Ayant reconnu les effets de l’agression dans sa vie, elle a décidé de prendre l’engagement ferme de guérir. Elle devient prête et disposée à effectuer des changements dans l’espoir de vivre une vie plus saine et plus heureuse.
  • Faire face aux situations de crise : Les souvenirs et les émotions reliés à l’agression vécue peuvent chambarder sa vie quotidienne. C’est à ce moment qu’elle commencera peut-être à se rappeler, de façon frappante, ce qui lui est arrivé. Elle commencera peut-être à ressentir les émotions reliées aux événements. Même si parfois les émotions lui semblent accablantes, les ressentir plus intensément est un signe positif; elles remontent à la surface parce qu’elle a maintenant la force nécessaire et la capacité d’y faire face. Lorsqu’elle a été agressée, elle a peut-être dû refouler ses émotions pour se protéger et rester saine d’esprit.
  • Se souvenir : Plusieurs survivantes « oublient » complètement ce qui leur est arrivé. Certaines se souviennent des incidents entourant l’agression, mais ne peuvent se rappeler des émotions vécues à ce moment. Le processus de rétablissement peut impliquer, en partie, de recouvrer des détails, des émotions, des sentiments ou des sensations.
  • Croire que c’est arrivé : La survivante doute souvent de ses perceptions. Dans cette étape, elle reconnaît non seulement intellectuellement, mais aussi émotivement que l’agression s’est réellement produite et que cela l’a blessée et affectée.
  • Briser le silence : Elle a peut-être gardé le silence et peut, à un certain moment de son rétablissement, désirer en parler à des personnes à qui elle fait confiance. Il peut s’agir d’un-e thérapeute/intervenant-e, d’autres victimes, des ami-e-s ou des membres de la famille. Ceci peut s’avérer une étape importante de sa guérison parce que cela lui permet de rompre avec la loi du silence qui lui a souvent été imposée par l’agresseur et parfois même par son entourage.
  • Guérir de la honte et de la culpabilité : Les aspects les plus dommageables provenant d’une agression sexuelle subie sont probablement la honte et la culpabilité que la survivante ressent très profondément. Elle a pu croire que l’agression vécue était, en quelque sorte, de sa faute. Dans cette étape, elle commence à réaliser qu’elle n’est pas responsable de l’agression, qu’elle n’est pas une personne « méchante » et sans valeur; elle est une survivante. Elle prend aussi conscience qu’elle a agi de façon appropriée lors de l’agression. Or, en arrivant à comprendre, non seulement intellectuellement, mais aussi émotivement, que l’agresseur est celui qui est à blâmer, ses sentiments de honte et de culpabilité commencent à perdre de l’emprise sur elle.
  • Apprendre à se faire confiance : Le processus de guérison fait qu’elle commence à apprendre à identifier, à croire et à se fier à ses propres perceptions, à ses sentiments et à ses intuitions. Elle se reconnecte avec sa force et son pouvoir intérieur.
  • Identifier ses pertes et faire ses deuils : Dans sa lutte pour survivre, elle n’a jamais pu reconnaître entièrement toutes ses pertes. Maintenant, elle les identifie et les ressent. Elle vit sa peine, sa tristesse et ses deuils. Pleurer est une façon de se libérer de ses souffrances, de les laisser aller et de s’orienter vers le présent.
  • Ressentir la colère : Plusieurs femmes disent que ressentir et exprimer leur colère s’avère être une force puissante et libératrice dans leur processus de guérison. La survivante peut choisir différents moyens tels que : exprimer sa colère directement à l’agresseur, ventiler ce qu’elle ressent, frapper sur des objets, écrire ou encore faire de l’exercice physique. Quoi qu’il en soit, cette étape s’avère très importante pour son rétablissement.
  • Confronter : Elle n’est pas obligée de confronter l’agresseur ou la famille…, mais cela peut constituer pour certaines, une étape libératrice et de reprise de pouvoir.
  • Établir des liens entre l’agression, ses comportements et ses relations personnelles : Elle comprend comment l’agression a pu et peut encore déterminer certains de ses mécanismes de protection, certaines de ses réactions et ainsi affecter sa vie et ses relations personnelles.
  • Avancer et progresser : La plupart des survivantes découvrent et travaillent sur certains aspects de ces étapes de façon cyclique sur une longue période de temps. La profondeur de sa douleur sera remplacée graduellement par l’amour et l’acceptation de soi. Elle ne pense plus à elle en termes de victime, mais en termes de survivante.
  • Pardonner : Elle n’est nullement obligée de pardonner à l’agresseur; cela n’est pas indispensable à sa guérison. Si elle se sent en partie responsable de la violence sexuelle dont elle a été victime, se pardonner à elle-même est le seul pardon essentiel.
  • S’aimer : Elle apprend à s’aimer, à s’accepter telle qu’elle est, avec ses qualités, ses défauts, ses forces et ses vulnérabilités. Elle est un être humain donc « imparfait ». Elle prend conscience des pas qu’elle a accomplis et de son cheminement continuel.
  • Apprivoiser son corps : Elle renoue avec son corps; elle apprend à l’habiter avec plaisir. Elle est à l’écoute des signaux et des messages qu’il lui envoie et est en contact avec les sensations qu’il lui procure. Elle aime son corps, le respecte et en prend soin.
  • Retrouver le plaisir de l’intimité : Elle apprend à se révéler de plus en plus avec des personnes en qui elle a confiance. Elle ouvre peu à peu son coeur et son esprit, elle jette ses masques, elle abaisse la garde et se montre telle qu’elle est.
  • Redécouvrir sa sexualité : Elle redécouvre une vie sexuelle saine et créative dépourvue de peur, de contrôle, de culpabilité, de honte et d’agressivité. Elle apprend à s’abandonner à cet élan vital de bien-être.
  • Résoudre et agir / Vivre dans le présent / Réaliser ses rêves : Elle ne peut effacer son histoire, mais elle parvient à faire des changements profonds et durables. Elle se donne le droit de vivre, d’être enfin heureuse, d’apprécier ce qu’elle est devenue. Elle reconnaît qu’elle a un potentiel immense et elle est prête à explorer une nouvelle vie.
Rappelez-vous qu’il n’y a pas une « bonne » façon de faire, ni un ordre précis, ni de durée « normale » pour le processus de guérison.

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