Voici mon témoignage en espérant que celui ci permettra de sortir une victime de son isolement

Ayant grandi auprès d’un père alcoolique et d’une mère atteint de schizophrénie, la tension à la maison était chose courante. Ils se dénigraient mutuellement. Ils ne se trouvaient pas à la hauteur de bien des choses. Il était préférable de ne pas manifester ses besoins, car on était dérangeant. Ma confiance en eux était brimée. Donc, j’ai joué le rôle de parent auprès d’eux. On était 4 filles.

À mes sept ans, mes parents se sont séparés pour 1 mois ou 2. Cette séparation avait causé beaucoup de remous dans la parenté. Durant cette période, un frère de mon père est venu à la maison un avant-midi de fin de semaine.

Il était célibataire. Il discutait avec mon père. J’étais heureuse qu’il y ait de la visite ça mettait de la joie dans la maison. Il s’est mis à préparer le dîner. Mon père ordonna à mes soeurs de sortir de la cuisine pour une raison que je ne me rappelle pas. Moi j’y suis restée. Mon père est allé à la toilette. Je suis allé vers mon oncle pour faire l’hôtesse, remplacé ma mère absente et cherchant un peu de réconfort pour cette séparation. Je m’ennuyais de maman. Il ne m’a pas parlé. Il m’a pris par les aisselles et m’a mis debout sur le comptoir de cuisine.

Il m’a fait un « chut » en posant son index sur sa bouche. Il a baissé mon pantalon vert forêt et ma petite culotte. J’ai figé. Que dois-je faire? Je voudrais lui lancer mon pied à la figure. Mais c’est pas bien. Papa veut pas que je frappe les autres, c’est pas bien. Je n’arrive pas à crier. Papa me dit qu’il faut écouter les adultes et les respecter. Je regarde par la fenêtre au-dessus de son épaule. J’ai peur. J’ai peur. Il a passé ses doigts entre mes lèvres de ma vulve.

Je suis mouillée. Il porte les doigts à son nez. Il me dit que ça sent le pipi. Je me sens sale. Je ne sais pas que c’est normal parfois d’être lubrifié et de sentir le pipi. J’entends papa qui revient. Mon oncle se dépêche, il relève ma culotte et me dépose au sol. Je ne veux pas parler à papa, car il est déjà triste de la séparation.

En fait, il est déjà ivre. Je confonds son ivresse et sa tristesse. Il se plaint souvent de ce que les autres lui font. Je ne veux pas être un autre fardeau. Je souris comme si de rien n’était et je vais rejoindre les autres qui mange. Je ne veux que les autres soient tristes, donc je mange. Si je le disais à papa, il va savoir que j’ai une vulve.

Je ne veux pas qu’il le sache. Je fais la gentille. Je fais le ménage. Maman revient et je ne dis toujours rien. Je performe à l’école pour ne pas qu’il sache qu’on peut me toucher…., car il m’a retouchée. A dix ans, ma mère quitte la maison. Sa schizophrénie ne va pas bien. Papa ne boit plus depuis un an. Je pleure. Maman me donnait de l’affection. J’avais juste à me coller dessus… elle ne touchait pas à ma vulve. Je choisis de manger mal pour mourir plus vite. Papa cesse de travailler, car j’ai maintenant un frère. Je me suis dit que lui n’aurait pas de peine. Alors, j’ai pris soin de lui. Papa me demandait de le changer et de le nourrir chaque matin. Mon frère a toujours un sourire. Papa commence a abusé d’une de mes soeurs. J’ai peur qu’il me touche. Je deviens plus fermée, plus serviable pour me protéger. Avec le temps, par son rétablissement dans AA, il réalise que ce n’est pas correct. Il ne la touche plus. Il me pose des questions. Je pleure. Je ne réponds pas. Il m’accuse de prendre de la drogue. Je n’en prends pas et je me jure de ne jamais en prendre et de ne jamais devenir comme mon père. Il me dit que je pourrais aller danser avec mes amies la fin de semaine avec ma soeur plus vielle. J’y vais chaque semaine. Je danse toute la soirée. Il faut que ça sorte cette souffrance qui m’habite de façon permanente.

Je vais danser plus souvent… plus souvent. A l’âge de 17 ans, Je choisis un métier non traditionnel pour apprendre à être à l’aise avec un homme. Je n’ai pas de chum, car s’il le savait, il me laisserait. Qui voudrait d’une fille sale??? Toutefois, mon corps me parle et veut dire oui. Ma tête dit ben non. Que faire? J’essaie, mais j’ai honte, car je suis sale, on m’a touchée. Je suis toujours vierge. Mes amies ont des relations depuis longtemps. Je me sens à part des autres. À 19 ans, je fréquente un garçon de mes cours. Il est très gentil et affectueux. Il veut toujours être avec moi. Je veux ma bulle… On a une relation, mais je ne me sens pas digne… S’il savait. Je le laisse et je reprends avec lui à plusieurs reprises.

Je ne m’aime pas. Je décide de maigrir pour être mieux. Je ne suis pas mieux. Je deviens un rat de bibliothèque pour comprendre qui je suis. Je cesse de sortir. Je suis des cours, des thérapies, des programmes en 12 étapes, mais seulement le CALACS m’a sortie de ce tourbillon de souffrance. Je ne suis plus au combat…Je peux cesser de manger et me laisser aimer et m’aimer… J’ai compris que ce n’est pas mon corps qui a attiré ces gestes, mais l’intention véritable de mon agresseur… Je sens aujourd’hui mes besoins et j’en fais ma priorité… Avoir reçu de l’écoute lors de mes témoignages au lieu de me faire dire de tourner la page, de m’avoir permis de faire de l’introspection sans jugement à partir des textes reçus et des thématiques.

D’avoir pu connaître la bulle d’une autre personne pour reconnaître que je n’étais pas seule. Ma peur des gens est disparue. Je suis moi-même pour aujourd’hui. Je n’ai plus besoin de fuir dans mon quotidien. Je peux m’intéresser à autre chose que ma sécurité.

Merci à tous ceux qui ont cheminé avec moi, que certaines avaient affectueusement appelé votre « cover girl », car ça m’a vraiment aidé. Je suis adulte aujourd’hui et je suis bien avec moi-même.

Sylvie

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